Capharnaüm

La mémoire

Les mots, les couleurs, les sons, les odeurs sont au coeur de nos souvenirs et ces derniers sont les vestiges de notre vie, même s’ils ne sont pas toujours exacts, parce que le temps agit sur tout, il me semble que nos souvenirs font ce que nous sommes et ce que nous devenons, en très grande partie.
Je ne peux pas prétendre savoir, non, je n’ai aucune connaissance scientifique sur le sujet et je ne souhaite pas dire n’importe quoi.
Si je parle de cela, c’est parce que j’viens de regarder un film dans lequel une femme cultive malgré elle, l’art de perdre sa mémoire. C’est terrible et la prestation de l’actrice me semble remarquable.
Cela me fait réfléchir et je me dis qu’il faudrait apprendre à apprécier davantage ce que l’on fait en toute conscience. Même le ménage, les courses, toutes les choses qui font notre quotidien et que nous n’aimons pas spécialement faire, car finalement, d’une certaine façon, tout est précieux.
Chaque seconde est perdue, impossible de se souvenir de tout, c’est comme ça, mais il n’est pas impossible d’apprécier, de réaliser combien c’est précieux. Parce qu’éphémère.
Un sourire venant d’un ou d’une inconnue, le vent dans les cheveux qui doucement caresse, le soleil qui rend les paysage magnifique quand il les baigne de lumière, les formes étranges des nuages dans le ciel, et puis tous les bruits de la nature et du quotidien, les gestes de tendresse… tout disparait.
Comment se fait il que nous soyons si attachés, presque prisonniers, des mauvais moments, des douleurs physiques, des déchirements émotionnels, de tous ces trucs qui rongent ?
L’inverse me semble pourtant plus logique et tellement plus important !
Comment préserver tout le reste ?
Les fous rires, les moments de joies intenses, les découvertes humaines ou intellectuels, la passion, l’émotion d’un moment unique, les frissons d’une musique qui bouleverse, la beauté…
Comment garder tout cela, tous nos trésors, qui font que nous sommes nous-même ? Je l’ignore.
Est-ce dans une philosophie de vie tel que Marc Aurèle, Bouddha et d’autres que l’on peut trouver la réponse ? Si réponse il y a.
J’aime à croire que c’est le cas, qu’il y a une certaine sagesse accessible à tous et qu’elle nous permet de garder le bon, d’éliminer le mauvais. Encore faut-il le vouloir. La puissance de la volonté ? Peut-être oui.

Récemment L m’a demandé ce que je choisirais si j’avais le choix entre perdre totalement la mémoire et repartir à zéro comme une nouvelle personne ou bien au contraire me souvenir d’absolument tout, ne pas oublier la moindre seconde, jamais. Ce n’est pas simple car les deux possibilités ont des bons et des mauvais côtés, mais je penche quand même pour la méga mémoire.
Cela doit être pesant, épuisant même parfois mais, je n’ai plus envie d’être quelqu’un d’autre que moi à présent, même si ce n’est pas toujours la fête au village, je me connais chaque jour un peu mieux et je ne me vois pas refaire tout le chemin.
D’un sens ça peut être assez génial aussi de changer complètement, d’être nettoyé de tout ce qui nous a fait, de toutes les marques du passé, de toutes les blessures, les angoisses, les douleurs qui nous ont forgés. Je crois que pour certaines personnes ce serait un cadeau mais, pas pour moi.
Non, j’ai besoin de mes blessures du passé pour savoir comment avancer et mieux vivre avec celles du futur.

Le marchand de sable est passé, j’ai les yeux qui picotent, il est temps de rejoindre ce cher Morphée.