Capharnaüm

Docteur Manhattan

Depuis plusieurs années maintenant je suis abonnée à Avaaz et reçois donc régulièrement des mails informatifs, aux sujets variés et pour lesquels il m’arrive souvent de signer des pétitions, afin de contribuer ne serait ce qu’un tout petit peu.
J’ai beaucoup d’admiration et de respect pour ce groupe, les combats menés sont importants, l’engagement des membres réellement actifs est honorable.
Mais, oui, il y a toujours un mais, ça me pèse. Encore ce soir, c’est un mail sur un massacre d’éléphants, en Afrique.
Cette cruauté me révolte, me blesse profondément, ça résonne en moi, mon sang s’agite, bouillonne, l’incompréhension, le dégoût se mélangent…

Quand ce ne sont pas les éléphants, ce sont les baleines, les tigres, les abeilles…
Puis il y a les magouilles politiques, Trump et les autres, il y a l’écologie avec tous les produits nocifs avérés qui restent légaux… et le racisme, l’homophobie, l’esclavagisme moderne…
Tout cela est révoltant, vraiment.
Je sens montée en moi la rage, j’entends résonner au loin les tambours de guerre !
Oui bien sur, la violence n’est jamais la solution mais parfois n’est-ce pas la seule issue efficace…?
Je m’efforce de croire qu’il y a plus de bonnes que de mauvaises personnes dans ce monde.
Alors, que toutes ces bonnes personnes s’assemblent en un bloc puissant, solide comme du marbre, pour aller s’écraser violemment sur ces mauvaises personnes qui ne font que tout détruire ! Débarrassons une bonne fois pour toute ce monde de ces personnes nuisibles et construisons un nouvel ordre mondial sur des bases saines dont on puisse être fier. Arrêtons d’avoir honte d’être humain et assumons notre véritable rôle au sein du cycle de la nature : protecteur et bienfaiteur de la vie dans sa globalité.
Oui, c’est un peu naïf, utopique. Je sais.
Et puis…
Il y a surtout une majorité de personnes qui se moquent royalement des éléphants, des abeilles, des forêt dévastées, des éco-systèmes qui disparaissent, des gens qui sont exploités…

L’existence est telle qu’aujourd’hui il est difficile de se soucier de tout ce qui ne va pas dans le monde. Je le conçois. Plus ou moins. J’crois que face à toutes les horreurs, la plupart des gens se disent qu’ils ne peuvent rien y faire. Moi-même je me dis souvent ça, je l’avoue.
Mais justement, à force de se dire ça, personne ne fait rien ! On zappe, on passe à autre chose, les éléphants comme le reste semble abstrait dans la routine de nos vies.
Une personne m’avait dit une fois, lorsque je parlais des conditions de vies et de travail intolérables des ouvriers oeuvrant à la construction d’un satané stade de foot en plein milieu du désert, qu’on ne peut pas se préoccuper de toutes la misère du monde car on suffisamment à faire avec la nôtre. Je n’étais d’accord du tout mais à présent je le comprends sans vraiment adhérer. C’est qu’il y a tellement de choses qui ne vont pas dans ce monde, sur quoi se concentrer ? Impossible d’agir sur tout, partout !
Réellement impossible ? Aucune lueur d’espoir pour ce monde et la vie qu’il habite ?

Je me surprends parfois à rêvasser, c’est idiot, que soudain, je deviens une sorte de Docteur Manhattan. Et je fais un sacré nettoyage, débarrasse la Terre de la pollution, envoyant dans un trou noir tous les déchets possibles. Les hommes et les femmes entendent soudain une voix résonner dans leur tête, tous en même temps, partout sans exception. Et je les informe des changements à venir et des choix qu’ils devront faire. Après, je pars dans un gros délire, les très très méchants vilains pas beaux sont… punis.
Dans ce contexte délirant je me demande toujours si cela fait de moi un être tyrannique qui impose sa volonté ? Je crois que certains peuvent le voir ainsi oui mais je crois aussi que c’est une sorte de nécessité, il n’y a aucune recherche de gloire, d’adoration, ce n’est pas pour être divinisé mais par bienveillance universelle. Un tyran peut-il être bienveillant ? Mmmmh. J’sais pas je te dis ! C’est un délire.

Bref tout ce blabla pour dire que recevoir les mails Avaaz m’est souvent pénible mais que c’est pour la bonne cause, alors, je continue et me console en m’disant que je n’agis peut-être pas souvent concrètement mais que je participe légèrement.
C’est déjà ça, non ? Ou bien est-ce juste une solution facile pour se donner bonne conscience ?
T’es chiante avec tes questions, moi.