Capharnaüm

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Ça doit bien faire une bonne dizaine de minutes que je regarde l’écran en chassant les mots qui me viennent, parce que je ne veux pas écrire encore et toujours les mêmes trucs, inutiles. Mais le fait est que ce sont finalement toujours les mêmes idées qui me reviennent.
J’me sens comme une ombre, un spectre qui se déplace sur Terre sans but, sans issue, sans…
J’connais pas assez de mots pour m’exprimer, alors comme presque toujours ça restera coincé et finira par pourrir dans ma gorge, cette impossibilité d’être en phase avec ce monde, cet incompréhension des autres qui est réciproque d’ailleurs…
Plus j’essaie et pire cela est. Ironique, non ?
J’m’étais un peu fait des films en broyant du rose, comme quoi à force d’essayer, ça irait mieux pour moi aussi.
J’crois qu’il a raison, "ouais mais tu ne réfléchis pas comme tout l’monde donc forcément " alors j’dois persister à me dire que je m’en fous, que tan pis, que c’est aussi bien comme ça, la classe tavu j’suis différente… non mais, y a des nuances.
Toujours tellement de nuances que je fais, qu’il ne fait pas, qu’ils ne font pas. Pas tous, oui moi, je sais, ne pas généraliser.
T’es toujours là, moi, à me parler, à me gaver la tête purée, si seulement tu pouvais ne pas être là ne serait-ce qu’une seule putain de journée ! Sans commentaire, sans blabla, j’pourrais juste regarder les feuilles des arbres bouger en fonction du vent, tranquillement, faire une pause, oublier.
Me souvenir plus tard, mais sur le moment, oublier.
Oublier cette vie moisie qui continue, parce que j’ai pas fait c’que j’aurais du faire, parce que j’ai pas assurée, j’voulais "avoir le courage de bouffer tous les nuages" mais que dalle peau d’balle, j’reste inactive, passive, je subis, je me subis.
C’est pour ça que lire Cioran me fait du mal en m’faisant du bien. Différemment de Lambeaux, car l’espoir de ce dernier me semble avoir été un piège.
J’y ai cru. Et j’me le pardonne pas.
Faible jusqu’au bout, y a pas d’excuses, faut assumer.

On me l’a pourtant assez répéter, on ne lutte pas contre soi-même, à quoi bon s’efforcer d’être autrement que soi hein ? J’sais pas, pour aller mieux, p’tetre ? ! répondis-je de façon un peu sarcastique lorsque moi discutait avec moi.
Mais t’as pas compris que c’est du flan !? ! m’a-t-on répondu derechef !
J’aurais pu m’énerver mais… "c’est 4 5 7 7 et s’énerver ça sert à rien" alors je n’ai rien dit, rien fait.
J’accepte le fait que ce n’est pas pour moi, que j’me suis laissée embarquer par l’influence de certaines personnes, comme un type paumé se fait embringuer dans une secte sans trop s’en rendre compte.
Stop. J’ai plus envie.